LES PRATIQUES CULTURELLES NEFASTES : LE CAS DES MARIAGES PRECOCES ET FORCES

LES PRATIQUES CULTURELLES NEFASTES : LE CAS DES MARIAGES PRECOCES ET FORCES

* Pour l’essentiel, on peut retenir que la Direction de la Promotion et de Protection de la Famille et des Droits de l’Enfant (DPPFDE) est en charge de l’élaboration, de la mise en œuvre et du suivi des stratégies et programmes de promotion et de protection de la famille et des droits de l’enfant.
* La DPPFDE est responsable de la mise en œuvre du programme 2 intitulé : Promotion et protection de la famille et des droits de l’enfant subdivisé en trois principaux sous-programmes ci-après :
- promotion et protection de la famille ;
- mobilisation des communautés pour la promotion de la santé et des pratiques familiales essentielles ;
- promotion et protection des droits de l’enfant.
Le sous-programme Promotion et protection des droits de l’enfant dont la mission se résument pour l’essentiel au développement des approches théoriques et pragmatiques des droits à la survie, au développement, à la protection et à la participation de l’enfant a retenu la lutte contre les Pratiques Culturelles Néfastes (PCN) en général et en les Mariages Précoces et Forcés (MPF) en particulier une action phare. On note pour sa réalisation, l’appui des Partenaires Techniques et Financiers tels que l’UNICEF et Plan International Cameroon. L’action du MINPROFF entend se renforcer avec l’entrée en scène de toutes les parties prenantes, à l’occasion la mise en place très prochaine de la plate forme des acteurs de la protection de l’enfant contre les violences et les PCN. La validation de la politique nationale de protection de l’enfant participe également de cette dynamique dans ce sens qu’elle constituera le socle sur lequel vont s’adosser toutes les actions en matière de protection des droits de l’enfant.

Les résultats de l’enquête démographique et de santé et à indicateurs multiples (EDS-MICS 2011), ont révélé qu’au Cameroun, 17% des femmes de 25-49 ans au moment de l’enquête ont déclaré être entrées en union avant d’atteindre l’âge de 15 ans; 45 % étaient déjà en union avant 18 ans. Souvent ces pratiques sont concentrées dans certaines poches géographiques: 37% est la prévalence des filles mariées avant l’âge de 18 ans à Kousseri (Région de l’Extrême Nord). De manière générale, 57% des femmes de 20 à 24 ans déclarent s’être mariées avant l’âge de 18 ans dans les zones rurales. 22% des filles âgées de15-19 ans ont subi des violences sexuelles et/ou ont été violées, dont 60% par leur homme ou mari.
La pratique des mariages précoces et forcés constitue l’une des formes les plus récurrentes de violences faites aux femmes, des discriminations à l’égard des filles et des abus envers les enfants. Les mariages précoces empêchent les filles de jouir de certains de leurs droits fondamentaux. Les parents n’ont pas toujours conscience des risques que courent leurs enfants en encourageant cette pratique. Bien plus, ceux qui sont conscients des effets néfastes des mariages précoces sur le développement physique et psychoaffectif de l’enfant, n’ont pas toujours la latitude de prendre la décision de les abandonner.
Depuis la réorganisation du Gouvernement intervenue le 09 décembre 2011, la responsabilité d’ « étudier et de proposer les mesures visant à la promotion et à la protection des droits de l’enfant » incombe au Ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille(MINPROFF). A cet effet, ce département ministériel se déploie en vue de donner à travers des actions spécifiques, un contenu à cette orientation rendue opérationnelle par son organigramme du 21 décembre 2012.
En ce qui concerne précisément l’élimination des mariages précoces, des actions réalisées de concert avec les partenaires au développement tels que l’UNICEF, les ONGs nationales et internationales et les Organisations à Base Communautaires, prennent appui sur un cadre législatif, qui exprime la volonté du Gouvernement camerounais à lutter contre toutes les formes de violences à l’égard des femmes et des filles. En vue de la mise en œuvre des ses actions de lutte contre les Pratiques Culturelles Néfastes (PCN) en général, et les mariages précoces et forcés en particulier, le MINPROFF s’inspire du cadre juridique existant et met à profit toutes les opportunités que lui offrent le déploiement des programmes, les projets et les commémorations des journées dédiées aux enfants.

Le cadre juridique
La nécessité d’œuvrer pour un abandon des pratiques culturelles néfastes aux enfants découle des engagements pris par le Gouvernement Camerounais à travers les traités et conventions internationales qu’il a signés et ratifiés pour la Protection de l’Enfant.
A titre d’illustration, les dispositions de la Convention des Nations Unies relative aux Droits de l’enfant (CDE) en ses articles 2, 19, 24, celles de la Convention sur l’Elimination de toutes les formes de Discrimination à l’Egard des Femmes (CEDEF), en ses articles 5 et 16, et la Charte Africaine des Droits et du Bien-être de l’Enfant (CADBEE), en son article 21, enjoignent les Etats parties de prendre des mesures appropriées pour l’abolition des pratiques coutumières préjudiciables à la santé des enfants, discriminatoires ou fondées sur des stéréotypes de genre, ainsi que des us tels que les mariages forcés, et recommandent de protéger ces derniers contre toute forme de violence physique et mentale.
A l’échelle nationale, le Cameroun s’est doté d’un cadre législatif et réglementaire qui promeut les droits des enfants et les protège contre les PSCN. Sans être exhaustif, on peut citer :

la Constitution, dont le préambule consacre l’obligation régalienne de protection des jeunes par la nation ;

le Code Civil qui établit les devoirs des époux à l’égard de leurs enfants (art. 203, 2013) ;

le Code Pénal qui réprime l’esclavage et la mise en gage des enfants (art. 293 et 342), l’enlèvement des mineurs (art. 352 – 354), l’outrage à la pudeur d’une personne mineure de 16 ans (art. 346), l’infanticide (art. 340), l’avortement clandestin (art. 337), la violence sur des enfants (art. 277, 278, 350, 375), de délaissement d’incapable (art. 282), la privation permanente à autrui de l’usage de tout ou partie d’un organe ou d’un sens (art. 277 et 350), et le mariage forcé (art. 356) ;

les dispositions du projet de loi portant répression des violences sexistes, qui ont été prises en compte dans le Code Pénal en cours de révision. Ainsi, la notion de blessures graves a été élargie avec l’insertion de deux alinéas portant sanction à l’emprisonnement à vie lorsque les blessures graves consistent en la mutilation des organes génitaux et lorsque la mutilation a entrainé la mort de la victime ou que l’auteur se livre habituellement à cette pratique.
Par ailleurs, le Gouvernement met en œuvre les mesures préconisées par les plateformes d’action de Beijing et du Commonwealth, en considérant comme prioritaire la promotion et la protection de la petite fille. C’est dans ce cadre que certains Préfets ont pris des arrêtés interdisant des pratiques culturelles néfastes à l’égard des filles, parmi lesquelles figurent les mariages précoces et forcés (exemple du département de la Lékié). Des mesures dissuasives telles que la garde à vue, le paiement des amendes et l’exclusion des activités communautaires, ont été prises à l’encontre des auteurs de ces actes dans certains villages.

La recherche
Plusieurs études ont permis de relever l’ampleur des mariages précoces et forcés, qui constituent une forme aggravée de violation des droits de l’enfant, ainsi qu’une entrave à son épanouissement. Dans ce cadre, on peut citer l’étude nationale, conduite en 2014 par l’Université de Maroua, en collaboration avec l’Association de Lutte contre les Violences faites aux Femmes sur la question de mariage d’enfant. Les résultats de ladite étude montrent que 62% de la population interpellée a été confrontée à cette problématique et que 70% des cas de mariages d’enfant concernent des filles âgées entre 13 et 15 ans. L’étude met également en relief certaines pratiques et causes socioculturelles liées au mariage précoce.

Une autre étude sur le phénomène dénommé « Money Woman » a été réalisée en 2014 par le Ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille, avec l’appui de l’ONG Internationale Plan Cameroun. Cette étude a permis de faire une analyse des causes profondes et des déterminants socioculturels et économiques des mariages précoces dans l’arrondissement d’AKWAYA (Région du Sud-ouest). En termes de stratégies en faveur de l’éradication progressive de ce phénomène, l’étude propose, à la suite d’une analyse approfondie des causes et des conséquences des mariages précoces et forcés, une approche d’intervention impliquant toutes les parties prenantes (les parents, les familles, les communautés, les intervenants sociaux, etc.).

Les actions de plaidoyer, de sensibilisation et de renforcement des capacités
Dans le même sens, de nombreuses actions de plaidoyer, de formation et de sensibilisation ont permis l’imprégnation des acteurs intervenant dans la protection de l’enfant (décideurs, leaders religieux et traditionnels, et autres acteurs). Le Code civil en cours de finalisation, qui intègre les dispositions des projets de Code des personnes et de la Famille et de Code de protection de l’enfance, prévoient des dispositions en faveur de l’harmonisation de l’âge de mariage, en conformité avec les instruments juridiques internationaux préalablement cités.

Parmi les actions de plaidoyer et de sensibilisation, on relève :

la signature le 25 juin 2013 d’une plateforme de collaboration entre le MINPROFF et le Conseil des Imams et Dignitaires Musulmans du Cameroun (CIDIMUC) pour la lutte contre les MGF, les mariages forcés et précoces et autres formes de violence ;

l’organisation des sessions de plaidoyer en direction des parlementaires et des leaders religieux et traditionnels des zones concernées ;

la signature avec Plan Cameroon, d’une pétition pour permettre aux filles de dire non au mariage précoce et forcé, et encourager l’accès des filles à l’éducation, dans le cadre de la campagne « Parce que je suis une fille » ;

l’éducation et la sensibilisation des familles et des communautés sur l’élimination des mariages précoces et forcés, avec l’appui de l’UNICEF;

la création d’un Réseau National de lutte contre les violences faites aux femmes, composé d’Organisations de la Société Civile, avec l’appui de l’Ambassade de France et ONU Femmes ;

le renforcement des capacités des personnels judiciaires, auxiliaires de justice et officiers ministériels notamment les magistrats, avocats, huissiers et notaires, sur l’application de la Convention sur l’Élimination de toutes formes de Discrimination à l’Égard des Femmes, ainsi que la Convention des Nations Unies relative aux Droits de l’Enfant, pour une meilleure protection de leurs droits ;

le partenariat avec les médias communautaires pour la diffusion de programmes relatifs aux droits des enfants, à la lutte contre les pratiques culturelles néfastes et les MGF;

la mise en œuvre des Programmes BIAAG (Because I Am A Girl) et LWF (Learn Without Fear) pour la promotion de la scolarisation des filles et la lutte contre les violences basées sur le genre en milieu scolaire ;

le développement depuis 2014, avec Plan Cameroun du « projet de lutte contre les mariages précoces dans le Nord-Ouest » ;

l’éducation et la sensibilisation des familles et des communautés sur les droits fondamentaux de l’enfant, dans le cadre des journées commémoratives, notamment celles consacrées à la femme, à l’enfant, à la fille et à la famille ;

l’information et la formation des communautés sur les principes et dispositions énoncés par la Convention des Nations Unies relative aux Droits de l’Enfant ;

l’organisation des sessions du Parlement des enfants, qui offrent l’opportunité aux enfants de toutes les catégories sociales de faire connaître aux élus de la nation et aux membres du Gouvernement leurs principales préoccupations ;

la production de supports de sensibilisation (bandes dessinées, brochures, affiches, dépliants, sketches, etc.) sur les droits de l’enfant et la lutte contre les pratiques culturelles néfastes à son égard ;

la mobilisation des jeunes sur les violences faites aux filles à travers la caravane des jeunes, les débats médiatisés et la distribution des kits de sensibilisation ;

la création de comités villageois pour le suivi de la mise en œuvre des actions de lutte contre les pratiques culturelles néfastes à l’égard des femmes et des filles.

La prise en charge médicale, psychologique et sociale

Dans ce cadre, on note :

la création des centres de prise en charge des femmes victimes de violences et autres pratiques traditionnelles néfastes (deux centres publics fonctionnels à Yaoundé et à Douala) ;

la prise en charge psychosociale et socioéconomique des adolescentes victimes des mariages précoces dans les Centres de Promotion de la Femme et de la Famille et les Centres Sociaux ;

la mise en place des centres de prise en charge des femmes et des filles en détresse au niveau des Organisations de la Société Civile (Centre Vie de Femmes de l’Association de Lutte contre les Violences faites aux Femmes et d’autres centres existants dans les régions) qui bénéficient de l’appui du Gouvernement et des partenaires techniques et financiers.

D’autres mesures concernent :

le financement des activités génératrices de revenus des femmes et des familles, à travers les fonds de crédits rotatifs mis en place au sein des Centres de Promotion de la Femme ;

- l’assistance matérielle et financière aux familles pauvres et démunies ;
- l’élaboration et la mise en place d’une plate-forme de lutte contre les violences impliquant les forces de maintien de l´ordre, la société civile (ALVF, ACAFEJ, CIAF, CIPCRE) et les ministères sectoriels ;

Les actions menées par les médias vont dans le sens de la vulgarisation des instruments juridiques internationaux, régionaux et nationaux ; la production et la dissémination des supports éducatifs ; la production des émissions en langues locales et en français, avec l’implication des autorités administratives, traditionnelles locales et de la société civile ; la production et la diffusion de documentaires spécifiques et sketches médiatisés sur les droits fondamentaux de l’enfant.

Ces actions ne se déroulent pas sans difficultés. La lutte contre le phénomène du mariage d’enfants se heurte à des difficultés diverses, notamment :
- la persistance des pesanteurs socioculturelles qui entravent le plein épanouissement de l’enfant, en particulier la fille ;
- l’insuffisance des ressources humaines et financières en matière de lutte contre les VBG et les PCN ;
- l’insuffisance des programmes de réinsertion des enfants victimes de PCN et MGF ;
- l’insuffisance de coordination des politiques sectorielles de prise en charge de l’enfant ;
- la faible synergie entre les acteurs de la chaine de protection de l’enfant ;
- l’indisponibilité de données actualisées sur le phénomène ;
- l’absence d’un système de référencement harmonisé des enfants victimes de cette pratique.

En guise de perspectives, il y a lieu d’évoquer le lancement prévu en 2016, au niveau national, de la campagne de l’Union Africaine pour mettre fin au mariage d’enfants, avec pour activités préalables l’organisation de sessions de formation à l’intention des femmes parlementaires, des femmes des médias et des leaders communautaires, en vue de l’abandon des mariages d’enfants.

D’autres actions préconisées ont trait à :
- l’élaboration d’une politique nationale de protection de l’enfant ;
- l’exploitation des résultats de l’étude anthropologique sur les pratiques culturelles néfastes qui portent atteinte aux droits de l’enfant pour la mise sur pied d’un plan intégré de communication en vue de l’élimination de ces pratiques ;
- l’intégration dans les enquêtes d’envergure nationale (EDS, MICS, ECAM) des pratiques traditionnelles préjudiciables à l’égard de l’enfant ;
- la création des centres d’accueil des femmes en détresse ;
- l’harmonisation des lois nationales avec les engagements internationaux pris par le Cameroun ;
- la poursuite de l’éducation prénuptiale, matrimoniale et familiale, en vue de réduire les dysfonctionnements au sein des couples et familles ;
- la poursuite de la vulgarisation des instruments juridiques nationaux et internationaux de promotion des droits de la famille et de l’enfant ;
- le développement des services d’écoute, de médiation et de thérapie conjugale et familiale ;
- la mise en œuvre des politiques, programmes et projets relatifs à la protection des droits de la famille et de l’enfant ;
- la poursuite de la sensibilisation et du plaidoyer sur les pratiques discriminatoires à l’égard des femmes et des filles ;
- l’amélioration des mécanismes d’information et de sensibilisation des familles sur les fléaux sociaux.

MINPROFF

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